Date de sortie: 11 octobre 2006
Réalisé par Zabou Breitman
Avec Bernard Campan, Charles Berling, Léa Drucker...
On se rappelle encore l’ émotion provoquée par « se souvenir des belles choses » et le regard si tendre et singulier de la réalisatrice, Zabou Breitman, sur le sentiment amoureux… On la suit donc sans hésitation dans ce nouveau long métrage qui nous invite au cœur de la naissance de ce trouble que crée en nous l’amour.
Frédéric et Frédérique forment un couple heureux, au sein d’une grande famille heureuse, qui passe des vacances heureuses dans sa maison au milieu de la Drôme. Un univers champêtre et familial qui se trouble soudain quand ils invitent Hugo, leur voisin, à dîner. Celui-ci ne cache pas son homosexualité qui se double d’une vie sans attache amoureuse et nourrie de rencontres d’un soir. Frédéric et Hugo, restés seuls, évoquent leurs vies si différentes dans une longue discussion qui durera jusqu’à l’aube… La relation qu’ils nouent ainsi va transformer ces vacances banales en un moment clé pour eux mais aussi pour ceux qui les entourent…
Ce film est réussi tant d’un point de vue diégétique que technique. Cette histoire résonne en nous en mettant en lumière un véritable questionnement sur le couple, la fidélité, la naissance du sentiment amoureux… Zabou Breitman n’a pas choisi un personnage mal dans son couple et dans sa vie. Le film en aurait sûrement été plus convenu. Elle prend le contre-pied de ce topos et nous plong

e dans une ambiance décontractée : des vacances en famille dans une maison de campagne… Une série de plans presque poétiques parcourent le film, comme une galerie d’instants délicieux que nous offre la vie : les enfants jouant au ballon au bord de la rivière, une adolescente jouant de la guitare, des parents jouant avec leur enfant… Grâce à tous ces instants, le film sonne vrai, comme dans les moments d’intimité du couple de Frédéric. On notera également d’autres scènes particulièrement riches. Ainsi, une scène tournée dans la cuisine, la caméra au ras du sol nous donne uniquement à voir un ballet de pieds qui se révèle n’être que le déplacement ordinaire des membres de la famille. Ou bien encore, cette magnifique séquence pendant laquelle le spectateur devient un miroir devant lequel chaque personnage défile et dévoile sa personnalité, ses failles, ses forces et ses faiblesses. Le réalisme vient aussi de la diversité des personnages qui composent cette étrange famille : la grand-mère bienveillante qui n’hésite pas à évoquer sa sexualité à mots couverts avec Hugo, la jeune fille au pair mal dans sa peau et vêtue de noir, le pré-ado timide qui cherche à attirer l’attention et se livre à toutes sortes d’expériences pour satisfaire sa curiosité, l’enfant en pleine phase oedipienne qui ne rêve que de tuer son père et de dormir aux côtés de sa mère dans le lit conjugal, etc.
Tous ces détails renvoient à cette phrase d’Hugo qui confie à Frédéric que ce qui est formidable dans la magie c’est qu’on ne regarde jamais là où « ça » se passe. C’est exactement ce que fait la réalisatrice. Elle détourne notre regard de « là où ça se passe ».
Enfin, comment ne pas parler du traitement du temps dans ce film ? L’histoire est atemporelle et aucun détail temporel ne nous est donnée. De même, aucune indication en ce qui concerne la durée… L’histoire avance mais est morcelé par les images de la soirée que Frédéric et Hugo ont passée à discuter. Cela casse véritablement le déroulement du temps et perd le spectateur dans un espace atemporel. Finalement, peu importe, ce qui reste est bien plus précieux et c’est l’essence de ce film : une exploration atypique de l’amour.